Idée No.2 : Une bibliothèque « libre-service » virtuelle

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Le casse-tête

Vous avez plusieurs livres qui trainent sur les tablettes, mais vous n’osez pas vous en défaire car ils sont peut-être trop spécialisés pour être mis à la disposition du public, dans une mini bibliothèque en libre-service au sens « traditionnel »?

Vous avez peut-être songé à les offrir à une bibliothèque universitaire, mais vous vous demandez laquelle sera la plus susceptible de l’accepter?

Vous avez peut-être songé à les annoncer sur Amazon ou même Kijiji, mais vous souhaitez donner vos livres dans un esprit d’entraide et non les vendre pour faire des sous?

Je suis dans le même cas que vous! J’ai pensé qu’il serait bien d’avoir un espace virtuel qui permettrait de trouver des livres et les « emprunter ».

Distinction des autres services (et conditions de succès):

  • Exclusivité et rareté. Contrairement à des sites comme Kijiji, le site serait spécialisé dans l’échange de livres et rien d’autre. De plus, on y trouverait des ouvrages plus rares et moins « désirables » (mais tout aussi valables) qu’il serait difficile de trouver sur des sites comme Amazon. On peut par ailleurs s’attendre à ce qu’ils soient davantage techniques ou professionnels.
  • Vocation communautaire et non commerciale. Contrairement à Amazon, le site se financerait grâce à des dons volontaires des utilisateurs, ou encore par l’entremise de cotisations (coût annuel symbolique). Il pourrait d’ailleurs être mis à jour par une communauté de membres, un peu comme Wikipédia.
  • Aucun transfert d’argent entre les personnes qui s’échangent des livres. Les frais de livraison, s’il y a lieu, seraient à la charge du destinataire – qui enverrait un paquet pré-affranchi avec un montant approximatif… (enfin, si c’est possible… ça reste à voir!)… quoique si le prêteur souhaite livrer ses livres en personne ou vice versa (comme Kijiji), ce sera une option à leurs propres frais et risques (!);
  • Pas de collecte d’information personnelle sur le site. Au moment de l’échange, les personnes se communiqueraient directement par courriel leurs adresses postales respectives.

Ça n’existe pas déjà, ça?

C’est possible. Il y a effectivement plusieurs sites qui offrent un service similaire, comme BookSwap qui se spécialise dans l’échange de livres scolaires, ou des sites comme PaperBackSwap et BooksFreeSwap qui, au contraire, couvrent un public plus large (comme c’est le cas pour les mini bibliothèques) notamment avec plusieurs romans à l’avant-scène, et finalement BookMooch, qui semble davantage répondre aux critères que j’ai avancés plus haut.

Pourquoi pas BookMooch, alors?

Je me suis inscrit à ce service, et j’ai commencé à l’utiliser. J’ai ajouté quelques livres de ma collection, d’ailleurs.

En fait, il y a malheureusement (jusqu’ici) plusieurs failles dans le système. Voici celles que j’ai vues tout de suite:

  • La recherche de livres qui sont absents du catalogue se fait par l’entremise de la base de données d’Amazon (par nom d’auteur, titre ou d’ISBN). Or, j’ai pu observer, en ajoutant mes livres, que certaines fiches descriptives comportent des erreurs, et il semble impossible de les corriger.
  • Le seul élément modifiable est l’option « Topics » qui, contrairement à ce qu’il laisse entendre, n’offre qu’un seul choix de sujet. Or, ceux-ci sont limités, et certains – à l’inverse – pourraient se recouper souvent. Il est par conséquent difficile d’attribuer un seul sujet – et le bon – à un livre qui porterait sur plusieurs sujets simultanément. Il faut d’ailleurs un bon esprit de synthèse pour éviter de tomber dans le subjectif, ce qui risque d’arriver le plus souvent. En effet, à défaut de connaître le sujet sur le bout des doigts (et encore!), on peut deviner que l’utilisateur fera un choix arbitraire.
  • Et ce n’est pas tout! À cela s’ajoute le fait que le système ajoute un choix de sujet par défaut qui, de ma propre (et courte) expérience, est souvent ridiculement loin de la réalité. Combien d’utilisateurs de la plateforme y prêteront vraiment attention? Pourra t-on se fier à cette classification? En l’absence de choix définis rigoureusement et d’une manière suffisamment exhaustive pour qu’un ensemble judicieux de sujets soient offerts, et l’impossibilité d’en choisir plus d’un, une recherche par sujet risque d’être très décevante!
  • J’ai aussi remarqué quelques doublons dans l’inventaire de BookMooch, ainsi que certains champs qui me semblent surcharger inutilement les fiches descriptives, comme des suggestions d’Amazon, ou des recommandations disons « à peu près » de n’importe quoi, et dont on ignore la provenance d’ailleurs. De plus, pourquoi les inscrire devant d’autres informations plus utiles au sujet du livre lui-même, comme le nombre de pages et la date de publication?
  • Les anciens numéros d’ISBN de 10 caractères, qui étaient les seuls attribués avant les années 2000 (environ) ne sont pas toujours fonctionnels pour une recherche dans la base de données d’Amazon.

De plus, BookMooch diffère dans son mode d’opération. Par exemple:

  • C’est le prêteur débourse les frais d’expédition. Il reçoit en échange des crédits pour obtenir des livres à son tour.
  • L’adresse postale est enregistrée dans le système. D’ailleurs, au moment de l’inscription, on doit inscrire au moins son code postal pour, selon ce qui est affirmé, déterminer la proximité des autres usagers (pour les échanges dans un même pays).
  • Le langage et les options utilisés sur la plateforme laisse transparaître une certaine forme de pression sur le prêteur, pour qu’il se sente obligé d’agir lorsque survient une requête d’un emprunteur.
    • Par exemple, on permet à l’usager de distinguer les envois de ses paquets dans son propre pays de ceux qui devraient être fait ailleurs dans le monde. Il peut ainsi choisir s’il préfère expédier ses livres uniquement à l’intérieur de ses frontières nationales ou non, ce que l’on traduit par payer uniquement les frais postaux intérieurs ou s’engager à payer les frais pour les expédier à l’international.
      • Ceci est bien sûr compréhensible puisque dans ce système, les frais sont engendrés par le prêteur.
      • Toutefois, on offre aussi au prêteur l’étrange option d’être d’abord informé par courriel dans le cas où la demande proviendrait de l’extérieur. Ça laisse entendre que la personne sera informée par courriel uniquement dans le cas d’un envoi à l’extérieur du pays. Ainsi, on comprend (à tort ou à raison) que le prêteur aura l’obligation d’expédier ses livres à n’importe quel emprunteur de son pays, sans droit de regard.
      • J’aurais préféré que les prêteurs et emprunteurs se contactent toujours par courriel avant de faire une requête, et se sentent libres de faire une transaction de leur plein gré (ou non) en tout temps.
    • Le fait que le système offre l’option d’afficher que l’on est « en vacances » (Vacation) ajoute à cette impression.
  • Dans la fiche descriptive des livres de la collection, on voit les noms (d’usager) de tous les utilisateurs qui ont prêté ou emprunté ces livres précédemment, comme ceux qui s’y intéressent (Wishlists), ce qui n’est pas spécifié au moment de l’inscription.
  • En fait, le service est pensé comme une communauté d’utilisateurs, qui peuvent échanger publiquement. La présence d’un forum de discussion le traduit bien. Ce n’était pas mon idée au départ.

Créer un nouveau service ou améliorer BookMooch?

J’en appelle donc à mes collègues bibliothécaires, et à tous ceux qui aimeraient participer à la réalisation d’une plateforme d’échange de livres virtuelle qui fera mieux que ce qui existe actuellement. S’agira t-il de créer une plateforme à partir de zéro ou de contacter les autres plateformes pour leur offrir de meilleurs services, à vous de voir!

Comme mentionné ailleurs sur ce blogue, je laisse quiconque prendre cette idée et la faire sienne, si vous trouvez qu’elle a du sens pour vous. Je suis au stade de l’idée, et une idée n’est pas brevetable de toute façon!

Bonne année 2016!

Félix Arseneau


 

Mise à jour (21 février 2016): Contre toute attente, j’ai reçu ma première requête BookMooch il y a quelques jours, en provenance d’un membre aux États-Unis. C’était pour un vieux livre d’informatique qui me semblait pas mal désuet, mais qui semblait avoir une grande valeur à ses yeux.

Je viens tout juste de lui poster.

(…)

Je peux vous confirmer que, pour avoir à payer les frais d’expédition pour un livre qu’on ne veut plus, et qu’on aurait pu simplement balancer dans la corbeille du recyclage, il faut vraiment vouloir!

Je veux dire, ça m’a quand même coûté au-dessus de 16$ pour envoyer mon livre là-bas, en mode régulier en plus, et je ne compte même pas les frais d’emballage! Inutile de vous dire que je ne m’attendais pas à ça.

Le comble, c’est qu’au moment de placer le livre dans l’enveloppe, j’avais aperçu, sur l’étiquette, le prix affiché: environ 50$. Bon, ça ne veut pas dire que c’est ce que ça vaut aujourd’hui, mais avoir été un peu plus grippe-sou, j’aurais peut-être pu essayer de le vendre, et faire de l’argent plutôt qu’en perdre.

C’est quand même ça la beauté de notre économie capitaliste, non? 😉

Est-ce que ça vaut la peine de devoir payer cette somme pour faire plaisir à un pur inconnu, sans aucune garantie que l’on y trouvera son compte en échange?

Pour l’instant, au moins, je peux me consoler d’avoir rendu heureux un lecteur, tout en donnant une seconde vie au livre. Changer une valeur quasi-nulle en quelque chose de plus grand… par magie.

Et par ricochet, c’est vrai, j’ai aussi contribué à la caisse de Poste Canada… 😉 FA


 

 

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